Cela faisait déjà quelques semaines que j'étais dans le service. J'y étais plutôt à l'aise, tant au niveau des soins que de l'équipe mais aussi avec la relation avec les patients. Choses importantes dans ce service où généralement les opérations sont lourdes avec des impacts sur la vie des patients.

Comme tous les matins je fais le tour des patients pour prendre les constantes ( pouls, tension, température). Cela n'est guère attrayant mais l'équipe nous délègue facilement cette tâche. De plus, je sais qu'à la fin de ce tour j'arriverai à la chambre où il y a ce patient. Ce patient avec qui je sais que je vais pouvoir plaisanter un peu, un type avec beaucoup d'humour et l'esprit ouvert. Celle que je garderai en mémoire c'est lors de la mise de ses bas de contentions, arrivé au niveau de ses cuisses il me lance: "-C'est bête, mais j'ai oublié mes protes-jaretelles.

-ah bon ? vous en avez fait quoi ?

-c'est mon chien écossais qui me les a pris pour aller avec son kilt "

(oui sur le moment c'est drôle, et j'aime ce genre d'humour simple et surprenant.

L'après-midi un nouveau voisin de chambre arrive. Je rentre dans la chambre pour remplir son dossier: nom, prénom, date de naissance, allergies, antécédents, les 14 besoins de Virginia Henderson,... Puis le voisin se met à déconner:" Attention c'est un vrai tortionnaire, tous les jours il vient me piquer, plusieurs fois par jour, il fait exprès de prendre des grosses aiguilles en plus!"

Et moi d'en rajouter : "En plus c'est moi qui vais vous opérer c'est bien de la jambe gauche qu'il faut vous amputer ? (ndlr: ce patient venait pour un problème abdominale".

Le voisin rigole, mais on voit dans son air qu'il a pas l'air emballé.


Le soir je retourne dans la chambre pour les médicaments:
"-Il a vraiment cru que c'était vous qui allait l'opérer, on a fait vraiment fort sur ce coup !"
On s'est mit à rire.

J'ai quand même été rassuré le voisin en lui précisant que ce n'était pas moi qui allait l'opérer mais un vrai chirurgien.

Quand j'ai terminé ce stage, mon camarade d'humour venait juste de se faire opérer, il était dans le gaz et souffrait des suites de l'opération. Je suis passé lui dire aurevoir, malgré la souffrance, il a quand même su me faire un dernier clin d'œil humoristique.

Depuis le début de nos études on nous demande de prendre soins des patients équitablement, des mêmes soins pour tous en les adaptant à la personne soignée. Je crois que malgré tout nous restons humain. On s'entend plus ou moins bien avec tel ou tel personnes. On prend plus plaisir à rentrer dans une chambre que dans un autre. On ne peut pas se comporter de la même façon avec tout le monde, chaque personne est différente, chaque personne a son histoire. On s'adapte, on supporte des réflexions, des remarques, des orgueilleux, des vaniteux,... tout ce qui fait un monde.
Mais il ne faut pas perdre d'esprit que peu importe la personne se trouvant en face de nous, nous nous devons de fournir des soins de qualités.